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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 14:21

 

 

« Pas de trêve sociale pendant l'état d'urgence »

 

Philippe MARTINEZ SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA CGT

 

 

Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, brocarde une tentative de restriction des libertés sous couvert de lutte contre le terrorisme. Évoquant Air France, il dénonce une recrudescence de la répression sociale. Il accuse le gouvernement de n'accepter aucune divergence d'opinion et appelle les salariés à se mobiliser contre la violence sociale le 2 décembre.

 

HD. 130 morts, plusieurs centaines de blessés, un peuple meurtri : comment réagissez-vous à ce bilan dramatique ?

PHILIPPE MARTINEZ. Comme n'importe quel citoyen, j'ai été profondément marqué par l'horreur des attentats. Ces attaques ne visaient pas des personnalités, ou la liberté d'expression comme cela a été le cas pour « Charlie Hebdo » en janvier, mais des lieux de vie, de culture, d'événements sportifs, bref, tout ce qui fait la richesse de notre quotidien. Comme d'autres, la CGT a été frappée en son coeur : trois de ses membres sont décédés, dont la dirigeante d'une structure territoriale, qui avait une histoire particulière puisqu'elle était arrivée en France pour fuir la dictature chilienne.

 

Cela dit, je pense qu'il faut souligner le réflexe citoyen de la population au moment du drame. Beaucoup de gens ont spontanément ouvert leurs portes pour recueillir des blessés chez eux, venir en aide aux victimes. La solidarité a fonctionné. Il faut également saluer le travail des personnels de la sécurité et des services publics tels que la santé, pourtant mise à mal par les coupes budgétaires. De nombreux professionnels sont retournés au boulot ce soir-là, parce qu'ils savaient que la gravité de la situation l'exigeait.

 

HD. Marisol Touraine, ministre de la Santé, a annoncé qu'elle allait débloquer 3 millions d'euros pour verser des primes exceptionnelles aux personnels de l'AP-HP...

P. M. Tant mieux, mais on aurait aimé que cette reconnaissance arrive plus tôt. Il y a beaucoup de conflits sociaux à l'hôpital en ce moment, sur des questions de temps de travail ou de prise en compte des qualifications professionnelles. Saluer l'engagement des personnels de santé dans ces moments terribles est une bonne chose, mais il faudrait le faire tous les jours !

 

HD. En ce moment, le pouvoir socialiste voudrait construire une sorte d'union nationale autour de sa rhétorique guerrière. Pourquoi avoir fait le choix, à la CGT, de briser cette union nationale, en mettant en cause la stratégie du gouvernement ?

P. M. Le concept d'union nationale ne fait pas partie des valeurs de notre pays. La fraternité et la solidarité, oui. Mais l'union nationale, c'est autre chose. Nous sommes frappés par des attentats d'une gravité inédite. La seule réponse de ce gouvernement est de déclarer la guerre. Loin d'être efficace, cette stratégie nous paraît même contre-productive. Ces dernières années, les gouvernements ont souvent fait le choix de la riposte militaire, depuis l'invasion de l'Irak après les attentats du 11 septembre 2001, à laquelle la France ne s'était pas associée, jusqu'aux interventions récentes au Mali. S'il suffisait de bombarder le Moyen-Orient, cela se saurait ! Au contraire, ces guerres ont entraîné un exode massif des populations vers l'Europe. Certains voudraient d'ailleurs nous faire croire que chaque réfugié serait un terroriste en puissance... On le voit bien : les bombardements accentuent les problèmes sans rien régler.

 

 

HD. Êtes-vous favorable à la prolongation de l'état d'urgence ?

P. M. Il y a évidemment besoin d'un surcroît de sécurité, ce qui implique des moyens supplémentaires pour la police et la gendarmerie. Mais cela ne suffit pas. Il ne faut pas confondre renforcement de la sécurité, lois sécuritaires et restrictions des libertés. C'est pourtant ce qui semble se dessiner, lorsqu'on nous parle de multiplier les perquisitions à toute heure et en tout lieu, d'interdire les manifestations, d'étendre les assignations à résidence ou de renforcer les écoutes.

 

HD. La réforme constitutionnelle, qui vise en quelque sorte à banaliser l'état d'urgence, vous inquiète ?

P. M. Bien sûr. Attention aux amalgames : il ne faut pas restreindre les libertés individuelles et collectives au nom de la guerre. Face aux terroristes, qui portent une conception totalitaire de la vie et de la société, nous avons besoin, plus que jamais, de défendre la démocratie. Les salariés doivent avoir le droit de se rassembler, de manifester, de protester.

 

HD. Dans un récent sondage (IFOP pour « le Figaro », 17 novembre), 84 % des Français se disaient prêts à restreindre leurs libertés contre davantage de sécurité. Vous n'avez pas l'impression de prêcher dans le désert ?

P. M. Nous sommes peut-être un peu seuls, pour le moment, à tenir ce discours, mais la démocratie autorise justement à donner son avis même lorsqu'il s'inscrit à rebours de l'opinion générale. J'ai vu plusieurs éditorialistes nous contester le droit de nous exprimer sur la guerre et les libertés. La CGT l'a toujours fait ! Prenez les guerres d'Indochine, du Vietnam ou d'Algérie : notre syndicat a toujours choisi la paix.

 

Évidemment, l'horreur des attentats associée aux discours va-t-en guerre du gouvernement, repris par une bonne partie de la classe politique, conditionnent l'opinion publique. Mais les sondages reflètent une réalité collective. Je ne suis pas sûr qu'individuellement chacun soit prêt par exemple à accepter les perquisitions permanentes ou à renoncer au droit de grève... J'ai moi-même posé la question à plusieurs salariés : tous m'ont dit qu'ils souhaitaient continuer à pouvoir s'opposer aux stratégies des directions quand il le faut.

 

 

HD. De nombreux articles décrivent une radicalisation rampante dans les entreprises : à la RATP, de nombreux conducteurs refuseraient de monter dans des bus conduits précédemment par des femmes. La CGT a même été accusée par certains journaux de « complaisance envers l'islamisme » (« l'Opinion », du 20 novembre).

P. M. Ces propos sont scandaleux. Nous ne sommes complices de rien, bien au contraire. La CGT est particulièrement attentive aux dérives communautaires, très marginales, qui peuvent concerner un certain nombre d'entreprises. Il n'y a pas que la RATP et la région parisienne. Le machisme et la misogynie sont des problèmes qui vont bien au-delà de ces seules dérives. En décembre dernier, je me suis rendu en Isère dans une petite entreprise. Un salarié ne respectait pas les règles collectives, au réfectoire et vis-à-vis de ses collègues féminines. Dans ces cas-là, nous nous devons de donner l'alerte.

 

HD. C'est-à-dire ?

P. M. Il faut commencer par impliquer les militants syndicaux, qui sont les premiers concernés. À la CGT, nous avons dû d'ailleurs faire partir certains syndiqués, après avoir discuté et débattu avec eux pour éviter des dérives que nous ne cautionnons pas.

 

HD. À quelle entreprise faites-vous référence ?

P. M. À Air France, par exemple. Certains affiliés ont été sommés de quitter le syndicat. Ces départs, assumés par la CGT, nous ont d'ailleurs coûté, en partie, de perdre la première place aux élections professionnelles dans cette entreprise.

 

Ensuite, nous devons alerter les directions, qui souvent préfèrent fermer les yeux. Dès le mois de janvier, nous avons été à l'origine, avec d'autres organisations syndicales, d'une charte pour la défense de la laïcité et le mieux-vivre en entreprise (1). Nous attendons d'ailleurs toujours un engagement de la part du patronat. Autant dire que ce procès fait à la CGT est scandaleux. On sent bien derrière tout ça la volonté de faire taire les voix discordantes.

 

 

HD. Vous avez dit il y a quelques jours que l'intégration par le travail était un instrument de lutte contre le terrorisme. Que voulez-vous dire ?

P. M. C'est l'un des moyens, pas les eul. Mais nous pensons que le travail ­ pour ceux qui en ont un ­ est un lieu où se forgent des valeurs de solidarité, de vivre-ensemble. Malheureusement, ces repères collectifs sont mis à mal par une individualisation croissante des tâches, qui livre le travailleur à lui-même. Les temps de pause (pause-café, repas du midi, etc.) sont des espaces de socialisation qui sont remis en cause.

 

HD. Pourquoi avez-vous jugé positive la déclaration de François Hollande selon laquelle « le pacte de sécurité l'emporte sur le pacte de stabilité » ?

P. M. C'est la démonstration que le pacte de stabilité n'est plus intouchable. Cela faisait des années qu'on nous expliquait qu'il ne pouvait pas être remis en cause. C'est au nom de ce pacte qu'on a réduit les dépenses publiques et qu'on a ainsi généré de nombreux dysfonctionnements dans les services publics. Le président de la République lui-même ne juge plus le pacte de stabilité irréversible : profitons-en pour élaborer, en plus des mesures de sécurité, un pacte social qui permette de développer l'emploi, d'augmenter les salaires, de réorienter les aides aux entreprises vers l'emploi, les conditions de travail et les salaires. Nous l'avons demandé au premier ministre.

 

HD. Avez-vous eu une réponse ?

P. M. Pour l'instant, aucune mesure n'a été prise dans ce sens, et ni le président de la République ni le premier ministre n'ont fait de déclaration en faveur d'un pacte social. Au contraire, on peut même se demander si les dépenses supplémentaires en matière de sécurité ne se feront pas au détriment du pacte social sous prétexte de ne pas aggraver le déficit public.

 

HD. La CGT a boycotté la dernière conférence sociale. L'attitude du gouvernement vis-à-vis de vous a-t-elle changé ?

P. M. Le gouvernement reste dans une logique où il ne veut pas voir une tête dépasser dans les rangs de ceux qui font la vie économique et sociale de ce pays. Auparavant on parlait de guerre économique, désormais on parle de guerre tout court. Et, dans ce contexte, tous ceux, même s'ils sont peu nombreux, qui osent penser autrement et le disent sont taxés de tous les maux. Il est interdit d'avoir une opinion différente.

 

HD. Cela explique-t-il les poursuites en justice contre cinq salariés d'Air France, mais également contre cinq agents d'EDF, ou encore la convocation de quatorze autres pour un prélèvement d'ADN à Toulon le 16 décembre ?

P. M. Cette répression syndicale est l'affirmation qu'il est interdit de contester des mesures de régression sociale. Dans de plus en plus d'entreprises, nous constatons une recrudescence des atteintes aux libertés syndicales.

 

 

HD. Le procès des cinq d'Air France aura lieu le 2 décembre. Quel message souhaitez-vous adresser aux salariés ?

P. M. Les salariés doivent se mobiliser. C'est pour cela que nous avons décidé de faire du 2 décembre une journée d'action pour dire notre refus de la violence sociale et dire oui au dialogue social. Nous appelons à des rassemblements partout dans le pays. Là où il existe des comptoirs Air France ou, à défaut, dans tous les endroits où des camarades sont victimes de la répression syndicale. Plutôt que traiter les salariés de voyous, le gouvernement aurait pu choisir la voie de l'apaisement. Il aurait pu avoir un autre discours et être un peu plus critique vis-à-vis d'une direction qui a annoncé 3 000 suppressions d'emplois. Dans ce contexte, les organisations syndicales sont rassemblées pour rejeter le plan de la direction et défendre des propositions alternatives. Une unité remarquable au regard du fait qu'Air France est l'entreprise qui compte le plus d'organisations syndicales.

 

HD. Les dernières journées d'action ont démontré la difficulté de mobiliser les salariés dans un cadre interprofessionnel. Ne craignez-vous pas que le climat généré par les attentats aggrave cette difficulté ?

P. M. Il y a de plus en plus de conflits.Que n'ai-je entendu de la part de certains médias quand nous avons alerté sur le risque d'explosion sociale. Or, aujourd'hui, un rapport du club des DRH, des amis de la CGT comme chacun sait, dit exactement la même chose que nous et prévoit une hausse des conflits sur les salaires. Il constate aussi l'exaspération des salariés qui considèrent que le gouvernement est au service du MEDEF. Le rapport dit aussi que ce gouvernement est assimilé à un gouvernement de droite. Le cercle des DRH fait aussi le constat que les conflits restent pour l'instant catégoriels et que nous ne par venons pas encore à les confédéraliser.

 

Le rôle de la CGT est de travailler au rassemblement à partir de réalités d'entreprise différentes. Le 2 décembre doit permettre d'avancer dans ce sens et c'est aussi l'objectif que nous nous sommes fixé avec la consultation nationale que nous avons lancée le 18 novembre dernier. Trois questions seront posées aux salariés. Quelles sont vos préoccupations ? Connaissez vous les propositions de la CGT, en particulier en matière de réduction du temps de travail et du nouveau statut du travailleur salarié ? Comment êtes-vous prêt à vous engager, à renforcer les nécessaires mobilisations ? Avec cette consultation, nous voulons aussi aller à la rencontre des salariés qui ne sont pas en contact avec la CGT. Nous voulons leur faire prendre conscience qu'il y a besoin de collectif, qu'ensemble ils sont une force. Nous ferons un premier bilan début mars du nombre de salariés rencontrés, de leurs réponses et des enseignements à en tirer.

 

 

HD. La CGT a légèrement reculé aux élections à la SNCF (­ 1,31 point, à 34,33 %) et plus nettement à La Poste (­ 6,3, à 26,47 %). Comment analysez-vous ces résultats ?

P. M. À la SNCF, la direction a été nettement mise en échec. Elle espérait un effondrement de la CGT et une modification du rapport de forces électoral. Au final, l'influence de la CGT subit un léger tassement malgré les pressions exercées par la direction et la confusion générée au sein de cette entreprise par la mise en oeuvre de la réforme ferroviaire. À La Poste, le contexte dans lequel s'est déroulé le scrutin est profondément différent de celui du précédent, il y a cinq ans. Plusieurs milliers d'emplois ont été supprimés, les métiers ont changé, l'activité est de plus en plus filialisée, l'activité financière avec la Banque postale devient de plus en plus importante. Il nous faudra tirer tous les enseignements de ce recul électoral. Ce dernier doit être un peu relativisé au regard de la progression de la CGT par rapport aux dernières élections au comité d'entreprise de 2014.

 

HD. La semaine dernière, vous vous êtes rendu à l'usine PSA de Sochaux, où la CGT réclame que l'État actionnaire intervienne dans sa gestion. Chez Renault, un débat sur l'avenir de l'alliance a lieu... Quel jugement portez-vous plus globalement sur l'attitude de l'État actionnaire ?

P. M. La place de l'État dans le capi-tal des grands groupes industriels, et singulièrement de Renault, a toujours fait l'objet de débat. Ce n'est pas à l'État de fabriquer des voitures, nous rabâchent certains. La question ne se pose pas comme cela. Je n'ai jamais vu un ministre faire de l'acier. Il y a des salariés compétents pour cela. Par contre, il y a besoin de donner des orientations stratégiques et de veiller à ce que l'organisation du travail au sein de ses groupes garantisse de bonnes conditions de travail.

 

À Sochaux, j'ai constaté beaucoup de précarité que ne justifie pas un surcroît provisoire d'activité puisque cette précarité est permanente. Il y a un turnover important parmi le personnel qui démontre des conditions de travail très difficiles. Dans la chaîne de logistique chargée d'approvisionner les lignes d'assemblage, certains salariés sont obligés de courir pour tenir le poste. Ces conditions de travail sont scandaleuses. Le gouvernement devrait intervenir pour y mettre fin. Voilà en plus un domaine dans lequel il pourrait générer des économies puisque le coût des maladies professionnelles et des accidents du travail représenterait 80 à 120 milliards d'euros. À plusieurs reprises, la CGT a interpellé les ministres concernés sur ce sujet. Sans succès jusqu'à présent. L'efficacité des entreprises est aussi un champ possible d'intervention pour l'État actionnaire. Le développement de la précarité, la dégradation des conditions de travail entraînent une dégradation de la qualité des productions. La CGT de Renault a dénoncé récemment ces problèmes que l'on retrouve partout dans l'industrie, et donc chez PSA. L'actuel patron de PSA a d'ailleurs travaillé 30 ans chez Renault.

 

 

(1) Texte commun publié après les attentats du 11 janvier, intitulé « Vivre ensemble, travailler ensemble » et cosigné par la CGT, la CFDT, la CFTC, la CFE-CGC, l'UNSA, FSU et Solidaires.

CYPRIEN BOGANDA ET PIERRE-HENRI LAB

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Published by syndicat cgt Lmcu - dans Actu nationale
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